Elle sera au Forum ! Elle est d’origine portugaise

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Adriana Costa Santos, 24 ans, est originaire de Lisbonne. Elle a fait des études de sciences politiques – relations internationales – à Lisbonne et à Bologne.

Arrivée à Bruxelles il y a 3 ans, Adriana n’a plus quitté la Plateforme citoyenne qu’elle avait rejointe pour un mois de bénévolat au parc Maximilien. Elle rendait compte de son travail sur le terrain dans un quotidien portugais, pour augmenter l’impact de sa présence à Bruxelles. Elle a obtenu le prix du journalisme, catégorie droits humains 2016.

Co-présidente avec Mehdi Kassou, de la Plateforme citoyenne de soutien aux Réfugiés (BXLRefugees – 10.000 bénévoles actifs et 47.000 membres), elle coordonne l’hébergement (200.000 nuitées des réfugiés chez des citoyens, en hébergements collectifs et à la Porte d’Ulysse). Le 19 octobre, la Plateforme et ses 47000 citoyens, ont reçu au Sénat, pour leur contribution à la liberté d’expression, le prix de la Fondation Henri La Fontaine pour l’humanisme 2018.

Adriana suit parallèlement un Master en Anthropologie à l’ULB. (Downwards Social Mobility among the refugees est le thème de son mémoire).

Elle a préfacé avec M. Kassou, le livre Au-delà des frontières, de F. Gemenne et P. Verbeeren.

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Il sera au Forum ! Il vit à Bruxelles

Photo CV

Martin Deleixhe est professeur intérimaire à l’Université Saint-Louis – Bruxelles. Il enseigne également à Sciences Po Lille. Ses recherches portent sur des problématiques situées au carrefour des théories de la démocratie de la sociologie des migrations. Outre de nombreux articles scientifiques consacrés à ce sujet, il a par ailleurs publié deux livres. L’un est consacré à la trajectoire intellectuelle singulière du philosophe politique Étienne Balibar, L’illimitation démocratique(1) et l’autre explore les difficultés normatives soulevées par le contrôle des frontières dans les démocraties contemporaines, et en particulier aux frontières extérieures de l’Union européenne, Aux bords de la démocratie(2).

(1) Paris, Michalon, 2014.

(2) Paris, Classiques Garnier, 2016.

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« Du vertige à la vertu – Du méconnu à l’inconnu » par Maria Novaes

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« Je préférerais que mon fils meure dans un accident de voiture

plutôt que de le voir avec un moustachu »

« Jamais j’irai vous violer, vous ne méritez même pas ça,

vous êtes trop moche »

« Les gauchistes devront choisir entre la prison et l’exil.

Ils seront bannis de notre pays.

Ce sera une purge comme jamais le Brésil n’en a connu »

(Jair Bolsonaro)

L’entre-deux tours des présidentielles brésiliennes* a été marqué, entre autres, par une proposition très intéressante dans les réseaux sociaux. Pour essayer d’atteindre certains électeurs de Bolsonaro, quelqu’un a lancé comme défi que ces personnes ressentent les effets des paroles choquantes du candidat. Qu’ils puissent prendre la parole dans leur entourage et qu’en proférant ces mots, d’en faire ainsi l’épreuve et prendre la mesure de leur impact… sur eux même. Et peut-être changer d’avis ? Une rencontre ultime avec la partie méconnue d’eux même, celle sur laquelle la psychanalyse peut nous éclairer. À la rencontre de ce méconnu le corps ! – aurait pu s’appeler ce défi, rencontre ultime et ratée, au regard du résultat de ces élections.

Nous ne sommes pas dupes, quand traversés par les effets d’une cure ainsi que par l’enseignement de Freud et de Lacan, du fait que le malaise dans la civilisation est structurel. Le choix d’un sujet se situant entre le refoulement et l’agressivité, la pulsion de mort est inexorablement de la partie. Cela conduira certains, cherchant à rester sous l’injonction de l’amour du prochain, à nommer le « mal » à condition qu’il se situe dehors, chez l’autre. C’est le terreau fertile de la haine, invitée, voire protagoniste de ces élections. Vertige !

L’éthique de la psychanalyse comporte un savoir y faire avec l’inconnu, elle relève de l’impossible à tout dire. C’est une éthique du bien-dire qui n’éradique pas l’inconnu,  elle s’en soutient; elle se soutient de l’impossible à dire toute la vérité. « C’est même par cet impossible que la vérité tient au réel », nous dit Lacan dans Télévision, (p. 9). Pour échapper au vertige, la vertu du gai sçavoir, comme nous propose Lacan, encore dans Télévision (p. 40) car l’éthique du bien-dire permet d’apprivoiser cet inconnu du corps sans passer par le sens ou par  la compréhension (1).

Si on peut ici aujourd’hui faire référence aux discours qui tuent, c’est parce que le corps, cet inconnu dont on a parlé ici, grâce aux effets du discours psychanalytique, est aussi celui qui insiste en tant que méconnu, étrange au sujet – étrangeté que Freud a su néanmoins épingler comme la part la plus intime et qui, expulsée, donne corps à l’objet de la haine de l’autre.

Il y a deux ans, le président élu, à l’époque député, a justifié son vote pour la destitution de la présidente Dilma Roussef, en s’appuyant sur l’éloge du militaire responsable d’avoir torturé plusieurs femmes, dont l’ancienne présidente en question. Cela en dit long sur les ressorts de l’élection de cet homme. Mais cette phrase-là, prononcée par lui ce jour fatidique, je fais le choix de ne pas la dire ici.

* Prononcé le 24 novembre 2018, à l’occasion du colloque annuel de l’ACF Voie domitienne, « A la rencontre de cet inconnu, le corps »

(1) « Non pas comprendre, piquer dans les sens, dit Lacan, mais le raser d’aussi près qu’il se peut sans qu’il fasse glu pour cette vertu, pour cela jouir du déchiffrage, ce qui implique que le gay sçavoir n’en fasse au terme que la chute, le retour au péché » (Télévision, p. 40)

« Les jeux dangereux du Name and Shame » par Danièle Olive

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Littéralement, « name and shame » veut dire « nommer et faire honte ». Il s’agit de montrer du doigt une entreprise ou une personne qui se serait mal comportée, et de la livrer ainsi au jugement populaire. Prisée par les anglo-saxons avec des dérives de type lynchage, la pratique a été introduite dans la vie politique française par Emmanuel Macron, alors ministre de l’économie, afin de mettre les entreprises en face de leurs responsabilités (1). Le « name and shame » est entré dans la loi, le 28 septembre 2018, via un amendement au projet de loi Pacte qui obligera les entreprises sanctionnées pour non-respect des délais de paiement, à rendre public leur sanction dans la presse, à leurs frais. Les citoyens pourront voir le nom de l’entreprise sanctionnée dans leur quotidien local. « Je crois au caractère dissuasif de cette disposition car pour une société, il n’y a rien de plus précieux que sa réputation », a souligné Bruno Le Maire.

La méthode a fait des petits. Parmi les plus récents; retenons la publication et la diffusion sous le hashtag #balancetonmaire, de la liste des villes ayant augmenté récemment les impôts locaux, la vague d’indignation suscitée chez les élus a forcé le gouvernement à s’en désolidariser; citons encore l’éclat de colère de François Ruffin et la publication sur sa page FaceBook du nom des élus n’ayant pas retenu une  proposition de loi sur l’accompagnement des enfants handicapés en milieu scolaire (2), publication suivie d’une déferlante d’insultes sur les mails des parlementaires concernés.

Cette pratique divise la classe politique, entre efficacité et questions éthiques. Catherine Larrère (3), spécialiste de philosophie morale et politique,  considère « qu’avec le ‘name and shame’, on attire l’opprobre sur l’autre,(…) Cela rappelle finalement l’Ancien Régime, lorsqu’on attachait les condamnés à des piloris et qu’on les offrait à la vindicte populaire. »

Pour l’historien Jean Garrigues (4), passer par les citoyens pour interpeller les élus est quelque chose d’assez inédit, une sorte de rencontre un peu étonnante entre les pratiques de dénonciation ou de critique ad hominem propre aux extrêmes, et une sorte d’appel à la démocratie participative. Si l’anonymat que permet les réseaux sociaux décuple la dénonciation et sa violence, c’est avant tout la dimension de la représentation, en l’occurrence de la représentation parlementaire qui est mise en question. Élire un député, c’est une délégation de confiance. Ces techniques en renforçant le sentiment de défiance peuvent être dangereuses car elles discréditent le travail parlementaire et court-circuitent le débat.

À la fin de son séminaire XVII, Lacan fait, lui aussi, le choix de faire honte à son public. J-A Miller dans sa Note sur la honte (5), distingue honte et culpabilité, la honte fait appel à un Autre plus primordial, non pas qui juge, mais qui donne à voir, touchant ici au plus intime du sujet, à sa jouissance. A l’envers de toute fixation identificatoire, le pari de Lacan est alors de restaurer le signifiant maître, avec cette précision, que l’opération analytique vise à séparer le sujet du signifiant maître, mais aussi à ce qu’il sache en avoir un et le respecter.  Miller (6) poursuit: «  si le système qui tient au signifiant maître produit de la honte, ceux qui se situent hors de ce système( …) se placent dans l’impudence ». Le revers du « Name and Shame », anonymat, effet de masse, déferlement de haine qui s’administre hors toute loi, est de ce côté.

E Laurent (7), de son côté, met en parallèle, l’expérience politique telle que l’a formulée Marcel Gauchet, et l’expérience analytique, comme expérience du conflit, d’une division irréductible. L’effondrement du politique, puis le passage par le discours droit-de-l’hommiste, en arrive à  un discours réduit à la demande de réparation du droit individuel lésé. Il nous invite, pour mettre à distance la haine de l’Autre en nous, à nous mettre à distance de notre prochain de la bonne façon, au lieu de tout traiter comme semblable.

C’est ce pari que soutient le forum: « Les discours qui tuent » en appelant au débat et à la conversation.

 

(1) Entreprises : les députés renforcent le « name and shame » pour les mauvais payeurs, Marie Bellan 27/09/2018.

(2) Élus: le jeu dangereux du « name and shame », Le Monde jeudi 25 octobre 2018, lemonde.fr.

(3) Le « name and shame » a ses limites Bérengère Margaritelli , le 09/07/2017, lacroix.fr

(4) LE MONDE | 24.10.2018, propos recueillis par M Rescan

(5) J-A. Miller., Note sur la honte site http://www.wapol.org/fr/

(6) J-A Miller., Ibid.

(7) E. Laurent., La honte et la haine de soi, Elucidation N° 3, 2002, p 24.

« Jalons » par Nathalie Georges-Lambrichs

Tout le mal n’est pas fait,

c’est pourquoi l’espoir,

au centre de ta vie,

est à craindre.

Georges Lambrichs

« Qui es-tu ? » 23 arrière-pensées

1956, Monde Nouveau.

 

Jalons

Notre consensus au sujet de la novlangue-qu’il-y-a m’affecte, comme toujours le consensus, et le confort qu’il distille – toujours faux le confort. On tient soudain l’ennemi par les oreilles, « novlangue » est son nom.

Jacques-Alain Miller a nommé notre « disance », qui est toujours un jargon pour l’autre qui n’y veut rien entendre, pour peu que ses préjugés (que « nous » – qui n’existe pas – a ou avons contribué à édifier) l’en séparent, fortifiant son désir que rien ne bouge. À peine citait-il Hérésies, qu’il « nous » – ce nous existe davantage – renvoyait à Orthodoxies, tous deux de la plume du même Chesterton (le même ? pas sûr).

Klemperer au péril de sa vie trouva le moyen de survivre en linguiste, observant les changements de sa langue, et nomma ce qu’il isola et que nous citons à bon droit.

Paul Celan persévéra en allemand, en poète de cet allemand (le même ? pas sûr) que Jankélévitch ne voulut jamais apprendre.

Mais quand nous stigmatisons le retour de la novlangue ou sa prolifération nouvelle, n’est-ce pas que nous accentuons la division des langues, sous-entendant qu’il y en aurait une autre, laquelle ?

Nous lisons, nous disons. Nous ne faisons rien d’autre, sans trêve. Des mots heurtent chacun, des tournures dérangent chacune, et nous nous évertuons à nous le dire. Et au-delà ?

C’est pour participer activement de/à ce malaise, sous la bannière de Zadig, que je viens au Forum sachant que les mots tuent, de mon expérience de toujours parlée/parlante, et bavarde/taiseuse non moins.

J’y viens, ne sachant pas ce que ce rassemblement éphémère va produire, pour que mon symptôme y serve.

Cette chance, seule, me tient éveillée.

J’en attends des frayages inédits, des/auxquels déjà je participe.

 

Elle sera au Forum ! Elle est brésilienne

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Angelina Harari est membre de la Escola Brasileira de Psicanálise (EBP) et présidente de l’Association Mondiale de Psychanalyse (AMP). Elle travaille à São Paulo et assure l’édition de la revue de Psychanalyse Brésilienne et Internationale Opção Lacaniana en langue portugaise.

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« Les choix politiques au XXIe siècle » par Angelina Harari

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Nous reprenons, ci-dessous, un texte qu’Angelina Harari écrivait le 22 mars 2017, moins de deux mois avant les élections présidentielles françaises de 2017, et plus d’un an avant les élections présidentielles brésiliennes

 

On sent, à lire les Écrits de Jacques Lacan, qu’il poursuit toujours un seul et même débat : le débat des lumières !

Comment les élections présidentielles françaises résonneront-elles outre Atlantique ?

Des élections récentes ont montré que les choix politiques sont aujourd’hui de plus en plus terribles, ils relèvent de la rage.

Un titre dans les médias France’s next revolution attirait, il y a peu, l’attention sur le vocable « révolution ». On explique, dans l’article qui porte ce titre, la raison pour laquelle les élections présidentielles françaises auront des conséquences qui dépasseront les frontières, que leurs résultats revitalisent l’Union européenne ou la détruisent.

Un choix politique vers l’extrême-droite en France, s’il se produit, montrerait-il que l’escalade de la démagogie et le nationalisme de droite avaient juste été mis sous le tapis ? Ce serait alors un réveil douloureux, le réveil du rêve d’un état démocratique de droit qui s’étendait harmonieusement, et petit à petit, partout, depuis la chute du Mur de Berlin(2).

Qu’en est-il au-delà des frontières européennes ? Quid du Brésil ? Qu’est-ce donc qui pourrait sortir de sous le tapis au Brésil ? Le vote pourrait-il imposer une extrême-droite qui n’existe plus depuis la fin du régime militaire en 1985 et l’instauration de la VIe République Brésilienne, laquelle se caractérise par une ample démocratisation politique et une stabilité économique ?

Une esquisse d’extrême-droite – esquisse puisqu’il n’existe pas un parti d’extrême-droite aujourd’hui au Brésil – se profile par la voie d’un député de Rio, militaire à la retraite, évangélique, qui gagne en notoriété depuis l’impeachment de la Présidente Dilma Rousseff. En peu de temps, il a déjà récolté 12 % des intentions de vote pour la présidentielle de 2018. Il a changé de parti au début 2016, pour choisir celui avec lequel il lancera sa campagne comme candidat à la présidence 2018. Dans son programme de gouvernement, il clame vouloir récupérer la fierté nationale, c’est-à-dire la fierté militaire, et promet, le cas échéant, d’offrir aux militaires la moitié des ministères de son gouvernement. La défense de la torture et l’obtention d’information de manière « énergique » font bien évidemment partie de son programme.

En France, où le vote n’est pas obligatoire, le mouvement de nos collègues psychanalystes a poussé, non pas à s’abstenir de voter, mais à voter contre MLP. Au Brésil, où le vote est obligatoire, il nous faudra à tout prix éviter les choix politiques poignants qui relèvent de la rage, les choix politiques subjectifs et imprévisibles.

(1) economiste.com, 4 mars 2017.

(2) folha.uol.com.br, in ilustríssima, 19/03/17.