« De kracht van het woord » door Dominique Holvoet

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De titel van het volgend Europees Forum georganiseerd door Zadig-België (1) dat op 1 december in Brussel zal plaatsvinden, namelijk “Moordende vertogen”, kan aanstootgevend lijken.

Heeft een woord ooit iemand vermoord? Zoals Geert Hoornaert er ons aan herinnert in zijn artikel “Banalisering van moordende vertogen”, ervaart men de functie van het spreken eerder als een mogelijkheid om de schending van fysieke integriteit tegen te gaan. Toch beweren we dat er woorden zijn die doden, omdat woorden invloed hebben op lichamen, zelfs als ze van het harnas van onze onverschilligheid afglijden en de kracht van het woord op zijn beurt appel doet aan de verantwoordelijkheidszin van de spreker, vooral wanneer men in het openbaar spreekt.

In alle hoeken van Europa laait de haat hoog op. Als we ervoor kiezen om ons in de openbare ruimte uit te drukken, is het omdat we geloven dat het urgent is. We zijn getuige van de terugkeer van een haat voor de ander in de meest sluipende vormen, in ons eigen land en buiten onze grenzen, die eerder plaatsen van uitwisseling zijn geworden dan dat ze hindernissen vormen in het Europees project waarvan we willen dat het een drager blijft van hoge democratische waarden. De gedwongen verplaatsing van populaties die moreel of fysiek worden vernietigd door lokale conflicten, klimaatrampen of economische verarming, bieden aan een somber beleid de mogelijkheid om migratie te gebruiken in functie van bedenkelijke electorale winst.

Is het de smaak van de macht of de kracht van de haat ten aanzien van de ander op zich die de spreekbuis van de moordende vertogen voedt?

De volgende Europese verkiezingen zullen bepalen of de kiezers het pad zullen kiezen dat naar een grotere integratie leidt. In dit geval zal men het risico durven nemen naar meer openheid tegenover de ander in zijn verschillend zijn. Of kiest men voor het nationalistische pad van het op zichzelf terugplooien, voor het kleine verschil dat in de haat tegenover de ander zijn bron vindt. Dokter Lacan zei al in 1968 dat dit het meest brandende probleem van dit tijdperk is. De Franse psychoanalyticus beweerde dat “de mens binnentrad in een planetair tijdperk « (2) waarin de overgang van de ene wereld naar de andere zal plaatsvinden, of de overgang van de verticale Staat naar een geglobaliseerde wereld van ontdubbelde staten. De vraag is dan: “hoe kunnen we ervoor zorgen dat menselijke massa’s, vertoevend in dezelfde ruimte, niet alleen geografisch, maar bij gelegenheid ook familiaal, gescheiden blijven van elkaar? »(3)

Daar wordt het gespeeld, binnen het gezin als resterende kern van de geschiedenis van de mensheid. Het gezin wordt gedragen door de haar omringende vertogen.
De psychoanalyticus kan de haat van de ander niet verzachten als de haat tegen zichzelf zich verdiept in de gezinnen in de mate dat de openbare vertogen immoreel worden. We weten hoe onweerstaanbaar de freudiaanse doodsdrift is. In zijn strijd ten tijde van de Franse presidentsverkiezingen zei Jacques-Alain Miller dat het de wens van sommigen was dat « dit alles voor eens en voor altijd zou ontploffen », dat daarin de doodsdrift vervat zit die hand in hand gaat met het genot van de zelfvernietiging, en met een onbenoembaar verlangen om zich in de armen van de monsterlijke Walkuren te storten! « (4)

Wanneer de politicus misleidende woorden spreekt, wordt hij bezield door zijn eigen wil om te breken met zijn hele zijn, met onze menselijkheid, met het verlangen dat aan zijn geboorte voorafging, een verlangen waarvan hij zou willen dat het een zuiver verlangen is. Het is in deze duistere oorzaak dat de redenaar zichzelf definitief vernietigt.


Vertaling: Francine Danniau

 

 

(1) ZADIG, Zero Abjection Democratic International Group, wereldwijde Lacaniaanse beweging, door Jacques-Alain Miller in mei 2017 in het leven geroepen.
(2) Lacan, J. (1981 [2001]) Allocution sur les psychoses de l’enfant, Autres Ecrits, Paris, Seuil.
(3) Ibid.
(4) Met name in zijn tekst « la querelle du Volutile » gepubliceerd op 22 maart 2017 in nummer 63 van Lacan Quotidien

 

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Nathalie Georges Lambrichs sur Jean Paulhan

En 1970 les œuvres de Jean Paulhan parurent en cinq volumes aux éditions Tchou. Certains textes déjà publiés n’y figuraient pas, la conséquence s’imposait d’autant mieux : celui que l’on nommait parfois avec condescendance ou ironie le pape des Lettres françaises, supposé ne distiller que de rares « petits textes » précieux et lapidaires pour happy few, arbitre d’un goût paradoxal et imprévisible était, de son vivant, plus qu’un auteur : le témoin, chercheur indépendant de la manière de parler son époque, c’est-à-dire d’armer la littérature d’une réflexion politique où le goût du secret devenait un art de bien dire, et de bien taire ce qui ne se pouvait aborder que de biais.

Paulhan dans Les fleurs de Tarbes ou la Terreur dans les Lettres a démontré à l’envi qu’on ne sort d’un texte que par où on y est entré – à condition de pouvoir y frayer une voie ou plusieurs. Le lecteur y découvre comment la rhétorique et la Terreur s’en(tre)lacent, convoquant la littérature à se faire responsable sinon de l’Histoire (avec sa grande hache), du moins des périodes qui les composent l’une et l’autre, il approche des périls extrêmes où la haine du langage s’acoquine avec la passion de l’épuration.

Les lignes données à lire ci-dessous proviennent d’un autre écrit : le dernier texte du dernier volume de cette somme incomplète, dont les éditions Allia nous donnent une nouvelle édition cette année. Daté de 1956, il s’intitule « Lettre à un jeune partisan ». Le passage a été choisi pour le bonheur qu’on y trouve de voir se nouer avec une rare simplicité le plus intime d’un homme qui jamais ne les vaudra tous, puisque n’importe qui n’existe pas. Paulhan préfère l’appeler « le premier venu ». Il vient de se marier, il emmène sa femme au théâtre, un incendie se déclare. Comment nommer ses réactions face à l’événement qui, quoi qu’on en ait, révèle ce qu’est, somme toute, une question ordinaire ?  

Nathalie Georges Lambrichs

LE MARIAGE, L’INCENDIE

ET AUTRES INCIDENTS*

J’IMAGINE que vous vous êtes marié ce matin. Ce n’est pas un mariage de convenance.

Vous épousez justement la femme que vous désiriez épouser. Elle vous paraît charmante : aussi charmante qu’on peut l’être. Bien. Dans l’après-midi vous l’emmenez au théâtre.

Vous n’avez pas mal choisi la pièce : c’est du Shakespeare (pour ne vexer personne). Il n’y a qu’un malheur : c’est qu’au second acte le théâtre prend feu. La préfecture de Police a oublié de vérifier si les bois étaient ignifugés. Ils ne le sont pas : ils flambent comme de petites allumettes, ils sèment la déroute dans les spectateurs, qui s’enfuient en pagaille et commencent à s’aplatir les uns les autres. Heureusement, il se trouve un monsieur – qui n’a pas l’air particulièrement génial ni malin (ni même, entre nous, très bien habillé), vraiment le premier venu. Eh bien, il se trouve que ce premier venu a de la décision. Il commence par assommer le méchant spectateur qui piétinait déjà sa voisine pour s’en aller plus vite. Il met les autres en rang, on se croirait à l’exercice. Enfin il organise, comme on dit, l’évacuation. Il n’y aura que deux ou trois dames carbonisées, nous nous en tirons à bon compte. En tout cas la vôtre (de dame) n’en est pas.

Il me semble me rappeler, mon cher ami, que vous m’avez traité l’autre jour de vieux libéral. Et que diable voulez-vous que je sois ? Voilà qu’en cinq heures – si je me mets à la place du jeune marié – il m’a fallu successivement être démocrate, partisan de l’aristocratie et royaliste (ou fasciste, si vous aimez mieux – c’est ici tout un). Royaliste, s’il est des dangers où la seule ressource est d’obéir aveuglément à qui n’est pas le plus éloquent, ni le mieux habillé, ni sans doute le plus intelligent. Aristocrate, car enfin vous avez choisi, pour aller voir sa pièce, le meilleur (à votre sens) des auteurs dramatiques. Démocrate, puisque vous désirez, et même exigez au besoin, que votre femme ne soit pas choisie par vos vieux parents – même si vous avez pour eux l’affection qu’ils méritent – ni par votre médecin, fût-il le meilleur du quartier. Non, vous voulez la choisir vous-même. Vous ne lui demandez pas d’avoir reçu un prix de beauté ni d’être capable d’écrire un recueil de poèmes. Non, vous la prenez pour une foule de raisons subjectives et personnelles, que vous seriez bien en peine de justifier, ou seulement d’expliquer. Et même que vous tenez à ne pas expliquer.

Qu’y faire ? Ainsi va la vie. Ainsi sommes-nous contents qu’elle aille. Le jour où l’évacuation du théâtre sera organisée par votes et par discussions, suivant les sages principes de la démocratie, il n’y aura pas quatre dames carbonisées, mais quatre cents. Le jour où votre femme vous sera imposée par le médecin de la famille, et où les seuls auteurs bien vus du gouvernement verront leurs pièces jouées, vous découvrirez à votre surprise l’agrément qu’il peut y avoir à vivre sans théâtre, et sans épouse.

Non, la vie n’est pas simplement – comme le voudraient les Politiques – un mariage. Ni un spectacle. Ni un incendie. Elle est tout cela, tour à tour. Et je ne suis pas fâché qu’il me faille être démocrate le matin, l’après-midi aristocrate et le soir royaliste. Ce qui peut, bien sûr, dans l’ensemble, s’appeler libéral. Mais mon libéralisme n’est pas fait de tiédeur, ni d’indifférence. Il est la simple liberté que je prends d’être, suivant le cas, violemment royaliste, vivement aristocrate, démocrate avec ardeur.

*Jean Paulhan, Lettre à un jeune partisan,

Paris 2000, 2018, éditions Allia.

« On est complice ou on est rebelle » (1) par Pascale Simonet

Une guerre se joue aujourd’hui dans le monde, et c’est une guerre d’information.

La politique, de plus en plus réduite à sa communication immédiate, fait de l’espace médiatique un théâtre noir où évoluent des solutions simplistes et fausses, où s’inventent de nouveaux ennemis pour masquer ses piétinements, où se fomentent des slogans haineux, à coup de chiffres contradictoires et hors sens. Il est urgent de se mobiliser pour révéler la monstruosité de ce spectacle. De clamer haut et fort que parier sur la haine pour justifier l’injustifiable est une entourloupe criminelle qui doit être démasquée.

Face aux extrémistes de tous bords, les gouvernements se positionnent en cherchant à les battre sur leur propre terrain. Cette stratégie n’offre pourtant, on le sait, aucune issue. Elle n’ajoute que du chaos au chaos, se contente de surenchérir sur les frustrations multiformes. Elle emboite plutôt le pas au mouvement diabolique qui tend à diviser, défaire, détruire, défigurer, dévitaliser.

Les appels au conformisme social le plus régressif contre les peurs croissantes ne se comptent plus. Ils ont, en toile de fond, l’idéal scientiste de l’homme « pur », machinisé, ayant aboli toute particularité singulière. Ainsi se multiplient à l’infini les ségrégations et se dessine un nouvel horizon : celui de l’homme mort, dépouillé de son corps sensible, anémié de ses propres paroles, fondu dans le tous.

« Lorsqu’on impose le tous pareils, le pas une tête qui dépasse en abhorrant la surprise, dès que celle-ci surgit, on l’écrase sous le talon – avec le talon de la botte, mais le talon aiguille aussi bien. Moyennant quoi, on rend d’autant plus nécessaire, intense, inévitable, le surgissement de l’Un et ce, aux applaudissements de tous » (2), rappelait J-A Miller, dès 1992.

« Les allégations obscures, répétées de tous côtés, brillent désormais comme l’acier » (3), laissant derrière elle la fascination policière, le lynchage des « élites » qui osent se révolter. Entre les mâchoires populistes, l’espace de respiration ne cesse de se réduire. Une guerre fratricide, de tous contre tous est en marche. C’est « une ruée contre les personnes qui se prépare », annonçait Bernard-Henri Lévy ce 18 octobre (4).

Nous le savons, mais nous l’oublions bien trop souvent : l’essence du massacre est bien un désir de totalité : « Tuez-les tous ».  Le crime de masse n’est pas seulement déraison, animalité des pulsions, mais planification d’une raison devenue folle, socialisation du crime transformé en travail ordinaire. 

S’impose donc, sans délai, une résistance de tous les instants : celle des corps singuliers et de la parole vive. « Il nous faut un nouvel esprit de commencement et un verbe assez fort pour éviter ce passage immédiat de la chair au cadavre. » (5)

Il est urgent de rappeler que les projets qui rejettent les différences, qui défendent l’élimination de certains groupes de personnes ne sont pas des opinions, mais des appels au crime. Que la démocratie n’est véritable que lorsque peuvent y cohabiter toutes les différences. Que « feindre de ne pas voir la douleur des autres tue également » (6). Que la politique est tout autant le fait des convaincus que celui des « ignorants dociles » (7).

Qu’outre la séquestration des débats, la première victoire de la haine est d’impacter les corps de façon violente, de les pousser au mutisme, de les plonger dans une terreur paralysante, les  détruisant de l’intérieur. « Beaucoup de gens vivaient la violence de la campagne de Bolsonaro et de ses soutiens comme une violence à l’encontre de leur propre corps, à l’encontre de leur pensée et à l’encontre de leur esprit », témoigne la journaliste Éliane Brum dans un très bel article (8).

Ce combat, que nous faisons nôtre, se mène alors avec la langue. C’est un combat argumentatif pour la complexité, seule à même de préserver une conscience aiguë de la jouissance à l’œuvre et de donner à la sensibilité toute son acuité. Un combat en faveur de l’éthique des conséquences contre l’éthique des intentions, la seule qui préserve la sauvegarde de la singularité contre le conformisme comme oubli de soi (9).  Le problème n’étant pas tant de savoir si l’on gagne ou si l’on perd, mais de savoir comment on perd. Avec quels principes, avec quel honneur (10).

(1) Saviano R., https://www.lepoint.fr/culture/litterature-roberto-saviano-ou-on-est-complice-ou-on-est-rebelle-13-10-2018-2262665_3.php?utm_medium=Social&utm_source=Twitter&Echobox=1539586234#xtor=CS1-32-[Echobox] 

(2) Miller J.-A.,, « État de droit et exception », Mental, 37, p. 145.

(3) Cherix F., politologue https://www.letemps.ch/opinions/temps-une-furieuse-odeur-dannees-trente

(4) Lévy B.-H., « Bloc-notes », Le Point, 18 octobre 2018.

(5) Délivrance, Ph. Sollers et M. Clavel, entretiens, Points-Seuil.

(6)https://laregledujeu.org/2018/10/17/34436/bresil-comment-resister-en-des-temps-de-brutalite/?fbclid=IwAR18ByOy_VJ6KAUtF4zkwQxG3VtNuy_w7h1WnTGcyc8ac3EL5tBc_vnkuxA

(7) Muller H., citée par Eliane Brum, op cit.

(8) Ibidem.

(9) Laurent É., L’envers de la biopolitique, Navarin, p. 21.

(10) Saviano R. op cit.

 

« A Shameless Discourse » by Catherine Lazarus-Matet

In Germany, leading members of the AfD, Alternative for Germany, have recently broken the shame barrier. And we are witnessing the international deployment of this symptomatic posture of the state of the world. No good word can counter the destructive enjoyment that is at work. Can we hope, at least, as analysts, to touch the ‘I don’t want to know anything about that’, one by one, in order to wear down the passion of indifference.

 

One of the leaders of the AfD, Alexandre Gauland, published an opinion piece entitled « Why populism?” in the Frankfurter Allgemeine Zeitung, 6 October, which, according to historians and journalists, paraphrases Hitler’s remarks in a 1933 speech at a Siemens factory in Berlin. LeMonde.fr does not make an empty ‘reductio ad hitlerum’ but shows how, if this platform is not strictly a plagiarism (it comes very close to that, however), the ideology that underlies it is unequivocally in the same vein. Moreover, the banalization accentuates the unacceptable nature of such remarks, the author having managed to describe the Nazi period as ‘a bird dropping in history’, which is rather little compared to the glorious millennial history of Germany. The “uprooted international clique” targeted by Hitler “that stirs up hatred between peoples”, becomes “a globalized class” that lives at the expense of the people and has nothing but contempt for them – the true people, that is, who are attached to their roots. Antisemitic hints are barely masked. Especially when one reads that Bjoern Hoecke, another figure of the German far right, called the Holocaust memorial in Berlin a “monument of shame”. The target today has widened. Implied: the Jews. And stated: the migrants, the democrats, the « Europeans ». Same disadvantages, same treatment! The pro-Nazis have not ceased to be there, even if there were limits imposed on them by law. These limits having now been crossed, there is an echo, hammered at by Marine Le Pen or Salvini et al, of the linguistic management of fear, the history of nations sullied by the outsider. One more step.

 

For other supporters of the party, it is time to change the politics of memory and pay tribute to the armed forces of the Reich, just like France for example, honouring De Gaulle and England Churchill … Added to this is the announcement a few days ago of the creation of a « Jewish section » of the AfD, consisting of 19 Jews, members of the party, conceived as …. a guarantee against the antisemitism of the Muslims! Why not a section for Christians of the East? Nationalism has sometimes wanted to give itself the airs of philosemitism, even a little softened as, sometimes, with Maurice Barres, but anti-Semitism is in its nature.

 

And then to give an idea of the beautiful solidarity expected by some, let us evoke this German polemic on establishing of online platforms encouraging the denunciation of teachers critical of the AfD on the basis of their “obligation to neutrality”. Here neutrality would be close to indifference.

 

In his “Note on Shame”, Jacques-Alain Miller took up a question from Eric Laurent on “(…) the moral phase into which we’re supposed to have entered since the fall of the Berlin Wall”, giving rise to “a surge of excuses, regrets, of pardons, of repentances, to the point where having shame would thus become a global symptom.” What is becoming a global symptom, however, is the reversal of this moral posture, which could make one ask oneself if it went too far, a reversal which can also be read, when, on September 26, at the UN, the Hungarian Interior Minister, Péter Szijjártó, was able to declare that “migration is not a fundamental human right” and that the global compact for refugees and migrants « is strongly biased, unbalanced, dangerous and will cause new waves of migration. » This global pact, initiated in September 2016 with the Declaration of New York for Refugees and Migrants, has been approved by all 193 UN member countries – with the exception of the United States – and its final approval must be reached in December. Poland, Austria, Hungary will follow Trump. All this is going very quickly.

 

Translated by Janet Haney

 

« Colpo di fucile all’enunciazione » da Paola Francesconi

“Che si dica resta dimenticato dietro ciò che si dice in ciò che si intende” (1).

Così Lacan ci ha trasmesso il suo concetto di frontiera interna al dire, segnata dall’esistenza dell’inconscio che attraversa il linguaggio. Mi viene da pensare che uno dei “luoghi del delitto”, per così dire, dei discorsi che uccidono possa sorgere lì, nella particolare intolleranza a quel qualcosa che resta dimenticato, ma non resta senza incidenza sul detto dei parlesseri. Accoglienza verso lo straniero che è in noi, che si fa sentire nella discrepanza tra ciò che si vuole dire e qualcosa che vuole desiderare in ciò che si dice.

Il dimenticato è pericoloso, indecidibile il punto in cui possa affacciarsi di nuovo. La differenza tra enunciato ed enunciazione è una differenza primaria nel contesto della democrazia del linguaggio, rispettosa delle enunciazioni singolari. La cosiddetta “rivoluzione del buon senso” che, nel programma di Matteo Salvini, dovrebbe portare al profondo rinnovamento dell’Europa che egli vorrebbe promuovere, va a colpire proprio lì, nell’insofferenza al che si dica, in favore di ciò che si dice e si deve intendere, facendo fuori ogni altro senso in nome di quello buono.

Il recente matrimonio celebrato a Roma tra sovranismi, nella fattispecie tra Marine Le Pen e Matteo Salvini, ha il suo rovescio, come spesso nell’immaginario degli analizzanti, nel funerale dell’enunciazione, di un che si dica aperto alle frontiere della dialettica. Così come Marine Le Pen ha fatto ai tempi della campagna per le presidenziali francesi del 2017, l’uso di detti prelevati da altri contesti enunciativi, per torcerli all’unicità di una enunciazione assoluta ed inequivoca, ha trovato in Salvini il suo partner-sintomo italiano. L’Europa, dice Le Pen, ha calpestato il principio di solidarietà, non è rispettosa dell’uno per uno dei vari Stati, delle loro politiche libidico monetarie. Dobbiamo, continua il coretto Salvini Le Pen, fondare una nuova Europa che rispetti le differenze tra Stati, che avvii una cooperazione: sì, ma in che direzione? Della solidarietà tra rifiutanti di tutto ciò che arrivi da ogni possibile Altra scena straniera al soggetto. Della cooperazione nel non rompersi le scatole a vicenda proponendo e tollerando stili di economia, strategie per lo sviluppo da costruirsi attraverso lo scambio.

Si compie così il crimine contro lo scambio stesso, contro la costruzione comune. Il crimine consiste, a mio avviso, nel fare passare ciò che così si dice a solo modo di intenderlo, abilmente, tanto abilmente da far cadere nella trappola anche intellettuali come Sgarbi, imbambolato dall’idea lepenista di nuovo rinascimento europeo, abbagliato, cieco al dietro ciò che si dice. Più che rinascimento si tratta, infatti, di una rimortificazione. Un’Europa che non c’è più. Ma anche Cacciari, per un momento, scivola sulla buccia di banana del detto salviniano di un invito ad un’Europa più solidale e meno severa verso le difficoltà individuali di uno Stato, che dia una mano all’Italia sulla gestione degli arrivi dei migranti senza fare troppe lezioni di economia. Si è ripreso, per fortuna, a Bologna (2), in occasione del lancio di un programma a venire per l’Europa che si fondi su una idea di unità ispirata ad un incremento delle politiche del lavoro, degli investimenti infrastrutturali ecc.., un New Deal, lo ha chiamato, di roosveltiana memoria, ripreso tempo fa anche da Romano Prodi.

Come scriveva Dominique Holvoet, non è necessario che i discorsi colpiscano il corpo, direttamente, per avere un effetto letale. Basta che uccidano l’indecidibile, l’impensabile che c’è oltre il limite di ciò che si dice, in nome di una larva del detto abilmente svuotato ed impagliato, dopo essersene impossessati fuori dal molteplice delle enunciazioni. Non è da chiamare superamento delle frontiere tra destra e sinistra, è da chiamare furto di ciò che sta oltre la frontiera del proprio dire. Come suggeriva Carlo De Panfilis nel suo contributo, è da chiamare grado zero del linguaggio, terra bruciata della divisione interna al linguaggio come principio di “felicità” del soggetto.

 

(1) J. Lacan, Lo stordito, in Altri Scritti, Testi riuniti da Jacques-Alain Miller, ed. it. a cura di Antonio Di Ciaccia, Einuadi, Torino, 2013, p.445

(2) M. Cacciari, Un New Deal per l’Europa o siamo spacciati, Bologna, 3.10.2018, Repubblica.it, video

« Un discours éhonté » par Catherine Lazarus-Matet

En Allemagne, des personnalités d’importance de l’AfD, Alternative pour l’Allemagne, sont passées tout récemment au-delà de la barrière de la honte. Et nous assistons au déploiement international de cette posture symptomatique de l’état du monde. Aucune bonne parole ne peut contrer la jouissance destructrice qui est à l’œuvre. Au moins pouvons-nous espérer, comme analystes, atteindre le ne pas vouloir savoir qui, au un par un, pourra écorner la passion de l’indifférence.

 

L’un des dirigeants de l’AfD, Alexandre Gauland, a publié le 6 octobre dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung une tribune intitulée « Pourquoi faut-il du populisme ? » qui, selon des historiens et journalistes paraphrase des propos d’Hitler lors d’un discours tenu en 1933 dans une usine Siemens à Berlin. Le Monde.fr ne fait pas une vaine « reductio ad hitlerum » mais montre en quoi, si cette tribune n’est pas un plagiat strict, mais très proche, l’idéologie qui la sous-tend est sans équivoque de la même veine (1). De plus, la banalisation accentue le caractère inacceptable de tels propos, l’auteur ayant pu qualifier la période nazie comme « une fiente d’oiseau », soit bien peu de choses au regard de l’histoire millénaire glorieuse de l’Allemagne. La « clique internationale déracinée qui attise la haine entre les peuples » ciblée par Hitler devient « une classe mondialisée » qui vit aux dépens et dans le mépris du peuple, le vrai, attaché, lui, à ses racines. Les relents antisémites sont à peine masqués. Surtout quand on lit que Bjoern Hoecke, autre figure de l’extrême-droite allemande, a qualifié le mémorial de l’Holocauste à Berlin de « monument de la honte ». La cible aujourd’hui s’est élargie : sous-entendu, les Juifs, et, énoncé, les migrants, les démocrates, les « européistes ». Mêmes inconvénients, même traitement ! Les pro-nazis n’ont cessé d’être là, avec ce que la loi leur imposait comme limites. Limites ainsi franchies, en écho au maniement langagier de la peur, de l’histoire des nations salie par l’étranger, asséné par Marine Le Pen, ou Salvini, et consorts. Un pas de plus.

 

Il est temps, pour d’autres tenants du parti, de changer de politique de la mémoire et rendre hommage aux forces armées du Reich, comme la France a pu honorer De Gaulle et l’Angleterre Churchill … A cela s’ajoute l’annonce, il y a quelques jours, de la création d’une « section juive » de l’AfD, formé de 19 Juifs, membres du parti, conçue comme …. garantie contre l’antisémitisme des Musulmans ! Pourquoi pas une section Chrétiens d’Orient ? Le nationalisme a parfois voulu se donner des airs de philosémitisme, ainsi même avec un Maurice Barrès un peu radouci, mais l’antisémitisme est dans sa nature.

 

Et puis pour donner une idée de la belle solidarité espérée par certains, évoquons cette polémique allemande sur la mise en place de plateformes en ligne encourageant à la dénonciation au parti des enseignants critiques de l’AfD au nom de leur « obligation de neutralité » (2). Ici la neutralité confinerait à l’indifférence.

 

Dans « Note sur la honte » (3), Jacques-Alain Miller reprenait un propos d’Eric Laurent sur « (…) la phase morale dans laquelle nous serions entrés depuis la chute du Mur de Berlin, donnant lieu à « un déferlement d’excuses, de regrets, de pardons, de repentances », au point qu’avoir honte serait ainsi devenu un symptôme mondial. » (4) Ce qui est en passe de devenir un symptôme mondial c’est le retournement de cette posture morale, dont l’excès pouvait faire s’interroger, retournement qui se lit aussi quand le 26 septembre, à l’ONU, le ministre de l’Intérieur hongrois Péter Szijjártó a pu déclarer que « la migration n’est pas un droit humain fondamental » et que le Pacte mondial pour les réfugiés et les migrants « est fortement biaisé, déséquilibré, dangereux et provoquera de nouvelles vagues de migration ». Ce Pacte mondial, initié en septembre 2016 avec la Déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants, a été approuvé par la totalité des 193 pays membres de l’ONU, à l’exception des États-Unis, et son approbation finale doit intervenir au mois de décembre. La Pologne, l’Autriche, la Hongrie suivront Trump. Tout cela va très vite !

 

(1) https://www.lemonde.fr/europe/article/2018/10/09/allemagne-quand-le-copresident-de-l-afd-paraphrase-hitler_5366993_3214.html

(2) https://www.lepoint.fr/europe/allemagne-le-chef-de-l-afd-accuse-de- paraphraser-hitler-10-10-2018-2261792_2626.php

(3) Miller J.-A., « Note sur la honte », La Cause freudienne n° 54, 2003, p.6.

(4) Cf. Laurent É., exposé au cours du 29 mai 2002 de L’orientation lacanienne III, 4.

 

« Language at Degree Zero » by Carlo De Panfilis

Racism, or hatred of the Other, shifts its targets according to how the forms of social bonds change (1).

The globalized capitalist economic system, science and technology have defined new social positions. The imposition of the Universal upon every social order has caused fundamental changes in the field of ethics. The liberal free market has resulted in a retreat on the level of social rights. The counterweight of the single market has produced an exacerbation and extension of the processes of segregation and a reduction of the sense of belonging to a community. On the one hand, therefore, we are witnessing the generalized and multiple homogenization of the modes of jouissance which fragment social ties, producing a hedonistic individualism, exacerbating and concealing the very lack of jouissance itself. On the other hand, we are adrift among multiple productive, economic and social crises, with the loss of acquired civil rights, which come head to head with an increase in immigration. It follows that the current subjectivity is marked by a fragmentation both of social bonds and of the possibility of recognizing oneself as belonging to a community.

The solution proposed and championed by so-called “populism” is the establishment of a unifying identity. The construction of this identity begins either by claiming some internal specificity of the individual to be defended, or it is an identity in opposition to some external otherness, defined precisely in its opposition to the other. For those individuals unable to recognize themselves in this common construction, the only shared identity is that of the collective drives and fears, in the name of an absolute mastery of all ways of jouissance and the rejection of differences.

In this way are born new forms of identitarian conformity. The attachment to a particular type of identity favors radicalization processes and fuels conflicts. This fueling of conflict is sustained and pursued through a language that does not produce either discourse or dialogue but only places demands upon, and requires rejection of, the other, culminating in its most radical and generalized outcome: the fear of being replaced. This is a self-perpetuating process and presents serious risks of dehumanization. We hear political leaders who foreshadow that an “ethnic substitution”, desired by both internal political forces as well as international “power centers”, is happening in our country. The tone of the declarations may change slightly, but not their meaning: “I don’t accept the Ius Soli in Italy, it is a substitution of peoples”; “The left, worldwide, has planned an invasion (of immigrants), a substitution of peoples”; “An operation of ethnic replacement is under way, coordinated by Europe.” Therefore, we have a conflict that produces a language without words, which cannot be dialectically overcome because it posits itself as a “we” that is not only threatened with “elimination” but even with “substitution”.

The work of Freud is opposed to this idea of ​​a unifying identity with the introduction of the unconscious and the consequent subjective division. Lacan says: “The idea of ​​a unifying unity of the human condition has had on me the effect of a scandalous lie” (2). The language that aims at a unifying identity consists of an appeal to “values”, such as those of an ethnic or religious identity, which draw their strength from being presented as “truth”. It is a language that can be expressed in different forms, evocative and easily presentable in the form of an image, of the apparently “true” and weighty phrase, of forms of communication whose emotional impact is great but whose dialectic content is nil. Zero degrees of language, whose richness becomes ornamental, iconic, impressive, raises up barbed wire against otherness and with it democracy.

 

(1) Laurent, E., “Le racisme 2.0”, Hurly-Burly, No. 11, 2014, pp. 217-22.

(2) Lacan, J., Intervention at Johns Hopkins University, Baltimore (18-21/10/1966)